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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 23:40
 

 VENDREDI 13 MARS

Audition de Mireille Albert, ingénieur chimiste, est citée par la défense

Elle était responsable du laboratoire central d'AZF qui contrôlait les produits. A la demande de la défense, Mireille Albert décrit de manière très rigoureuse l'activité de son laboratoire. Mais le président l'interroge sur les analyses que la direction lui a demandé de faire après le 21 septembre.... Des analyses d'échantillons prélevés sur des sacs.
Le pdt : "Qu'advenait-il si une production n'était pas conforme?"
M. A. : "Ce n'était pas de la responsabilité du laboratoire. Nous transmettions l'information".
Le pdt : "Etait-il procédé sur le hangar 221 qui recevait les ammonitrates déclassés ou les NAI déclassés à des analyses?"
M. A. : "Non".
Le pdt : "S'agissant d'analyses de décembre 2001, la lecture que je fais du compte-rendu du dossier, l' analyse du contenu de sacs marqués ammonitrates, 35 échantillons ont été analysés. Sur les 35 sacs analysés, 28 contenaient du nitrate d'ammonium, et en revanche, vous avez relevé pour 2 de l'urée, pour 5 du carbonate de calcium. Il n'y avait pas de correspondance entre le contenant et le contenu. En tant que chimiste, ce résultat vous a-t-il surpris?"
M. A. : "Je n'ai aucune explication".,
Le pdt : "Vous pourriez avoir un petit avis".
M. A. : "Ne sachant pas dans quel contexte ces sacs avaient été trouvés, je ne peux pas donner un avis".
Le pdt : "Vous vous êtes contentée d'analyser ou vous avez fait les prélèvements?"
M. A. : "J'ai effectué les prélèvements moi-même. Les analyses ont été faites au laboratoire".
Le pdt : "Peut-on penser que si dans des sacs d'ammonitrates, le terme ammonitrate avait été barré, vous l'auriez vu".
M. A. : "Je n'ai pas vu de marque particulière"

Mireille Albert semble être une excellente chimiste, avec une culture très solide de la rigueur. Et sans doute la défense nous l'a -t-elle fait témoigner pour nous montrer que les gens chez AZF sont de très bons professionnels.Or encore une fois il y a erreur: et on le voit bien dans le témoignage de Mireille Albert. Elle est une très consciencieuse chimiste mais a un territoire d'activité extrêment précis. Là où ni Total ni GP n'ont apporté de réponse c'est à la question suivante : entre les territoires très consciencieusement et très précisément travaillés, qui gère les trous? Et ce n'est pas l'audition de Guy Sonilhac l'immédiat subordonné de Mireille Albert qui nous démentira.

Audition de Guy Sonilhac
Guy Sonilhac, En 2001, il était contremaître sur la plateforme centrale, au laboratoire central de l'usine AZF. son descriptif des taches. Me Emmanuel Riglaire (partie civile) mentionne la disparition de 12 flacons de 1,7 kg d'un oxyde de chrome très cher et apparemment très puissamment réactif avec le nitrate. G. S. : "Il ne s'agit pas de 12, mais de 11 flacons d'oxyde de chrome. En aout 2001, Mireille Albert avait commandé 12 flacons de ce produit. Nous n'en avons réceptionné qu'un. Le fournisseur ne pouvait pas assurer toute la commande. Le vendredi soir, j'ai laissé les consignes à Mireille Albert. Par la suite, elle a réclamé la livraison des onze flacons".
Me Riglaire : "Je relis une note de service. Ce n'est que le 13 septembre que M.Hoffman écrit au personnel pour signaler la disparition de ces produits".
G. S. : "La note a bien existé. On a craint que le magasin ait livré par erreur les flacons dans un autre service".
Serge Biechlin intervient : "on a fait une enquête au magasin. Le réceptionneur, un CDD, nous a dit avoir reçu un paquet marqué 24 kilos, mais le coursier du laboratoire n'a trouvé qu'un flacon de chrome. On ne sait toujours pas ce qui s'est passé. Mystère".

Comme le 221, le magasin semble ne pas avoir été pris en compte par un plan de sécurité global de l'usine....Là aussi des trous dans l'organisation.

Audition de Daniel Grasset, le directeur de Grande Paroisse, représente la personne morale AZF .Il répond aux questions sur la sécurité du site de l'usine classée Seveso. Pour lui, la sécurité était bonne. Mais des dépositions dans l'instruction d'intérimaires ou de salariés le contredisent.


D'une manière générale Daniel Grasset répond très évasivement et si possible un peu à côté de la question. Quand le président lui parle de sécurité, donc de l'organisation globale de l'usine et de la gestion des risques, il répond sûreté et parle des clotures de l'usine. Il a tendance à se défosser sur le Directeur de l'usine.S'en suit un jeu du chat et de la souris entre le Pdt et Daniel Grasset sur la question des précautions à apporter à un produit dont on a démontré les jours précedents que c'était un explosif ou un presqu'explosif. Et la position de Daniel Grasset n'est pas facile: comme le produit est dangereux, s'il est mal gardé, c'est une erreur de management de sécurité. Et s'il est bien gardé, la thèse de “la malveillance extérieure” défendue par la Total, GP et les salariés d'AZF est difficile à soutenir.


Le Pdt : . Vous estimiez que l'établissement était sûr avant la catastrophe?"
D. G. : "Je crois qu'on a essayé en permanence d'améliorer nos systèmes. . Mais on est des industriels. On n'a pas immédiatement la notion de la protection absolue. Mais des zones sont difficiles à contrôler. On avait un certain nombre de trafics sur nos sites. Je suis obligé de constater que le risque zéro n'est pas atteignable".
Le Pdt : "S'agissant de la sûreté du bâtiment 221 ou I4. On attire votre attention sur le fait que le NAI est l'un des composants d'un explosif, que le NAA peut être détourné par des terroristes. Et finalement, on voit que ces silos étaient peu protégés".
D. G. :: " On était dans la protection qu'un industriel de notre type peut apporter. Ce sont des engrais, il y en a dans les fermes, partout ".
Le Pdt "Un système de sécurité, c'est formidable. Faire en sorte que le personnel sous-traitant ait parfaitement connaissance des règles mises en place par le donneur d'ordre, c'est bien aussi. Qui contrôlait le travail des sous-traitants?"
D. G. :: "On avait le contrôle de ces bâtiments. On exerçait le contrôle sécurité des entreprises extérieures". Là où il y a problème, c'est quand on essaie de savoir qui , où, quand, comment ce contrôle s'exerçait...
Le Pdt : "Je vais illustrer mon propos avec la déposition de Jules Frédéric, intérimaire CTRA. Celui-ci indique: "J''avoue que des fois je ne me sentais pas en sécurité. Nous n'étions pas informés des dangers potentiels. Dans certains endroits, le masque était obligatoire, dans d'autres il était conseillé mais on ne nous le disait pas. Beaucoup de réparations ressemblaient plus à du rafistolage qu'à des réparations. Une fois, une canalisation d'eau a explosé au bâtiment chlore, on ne m'avait pas équipé de masque. Le chef m'a dit de rentrer chez moi. J'ai eu le sentiment que les intérimaires étaient de la chair à canon. J'ai préféré quitter le site".
Le président cite une autre déposition d'un intérimaire : "En mars, on décalorifugeait... Du nitrate liquide à haute température nous a provoqué des brûlures cutanées et pulmonaires. Nous sommes allés à l'infirmerie. Notre hiérarchie nous a demandé de quitter le site immédiatement".
Me Soulez-Larivière (défense): "La sous-traitance serait-elle un facteur détonant?
Serge Biechlin : "De 1970 à 2001, l'usine est passée de 2600 personnes à 400. Il est logique que le nombre de pompiers ait été réduit.
SB : “en 99 un général de gendarmerie est venu à ma demande faire une enquête de sécurité sur le site”. Il ne souvient pas de son nom, ni n'a fournit son rapport.


A un certain moment Daniel Grasset a concédé que suite à l'explosion “pendant un certain temps”, les stocks ont été diminué dans les autres usines du groupe. Mais il n'a jamais vraiment répondu sur la question de savoir si depuis le 21 septembre 2001 certaines choses avaient définitivement changé. Parce que rien n'a changé?




Le témoignage de Jacques St Paul : directeur d'AZF de 91 à 98.

Il est arrivé en 91 avec 3 objectifs: La productivité, la sécurité, l’environnement. En premier lieu sur la productivité, a chaîne des nitrates était obsolète. donc des unités de fabrication neuves. En second sur la sécurité: il y avait des problèmes d’entrée sortie des stockages des ammonitrates et du chlore. Enfin sur l'environnement, Il fallait supprimer les fumées rousses (acide nitrique). De plus, la certification devenait nécessaire pour la vente. Donc, 200 Millions de francs vont être dépensés entre 91 et 95 sur ces trois objectifs.


Voilà donc où sont passés ces 200 millions “investis dans la sécurité” selon Total. Quand on achète une unité neuve d'ammonitrate ou de chlore, ou quand on limite les rejets roux dans le ciel toulousain, on “investit dans la sécurité”! A noter que Jacques Saint Paul parle beaucoup plus vrai que ses collègues salariés d'AZF.

D'autre part JSP cite un point intéressant sur ses relations avec la DRIRE: Il a obtenu que sur référenciel UIC (Union des Industries Chimiques), l'usine assure elle-même ses inspections en envoyant le rapport à la DRIRE …! Sans doute pour ne pas les déranger.

JSP a géré l'amélioration de la sécurité par l'amélioration de la qualité commerciale des produits. C'est ISO 9001 qui structure par substitution la démarche sécurité. Derrière vient ISO 14001, certification environnement obtenue en 98, puis devait suivre SGS, système de gestion de la sécurité. A une question de Me Riglaire, JSP répond qu'il était satisfait de l'AFAQ qui certifiait tout cela.


Le témoignage de
Jean-Claude Gelbert, retraité. Il était jusqu'au 31 août 2001 au service de la société Grande Paroisse chargé de sécurité-environnement.

Le pdt : "Pouvez-vous nous présenter la sécurité au quotidien?"
J.-C. G. : "Ce n''est pas évident d'y répondre. Pour ce qui est de la sûreté et du gardiennage, toute personne qui entrait dans l'usine devait être contrôlée. De nouveau on interroge sur la sécurité, et le cadre AZF répond sur la sûreté.
Le pdt : "S'agissant de la sécurité des installations, c'était une sécurité organisée par atelier sur la partie expédition?"
J. -C. G. : "Dans une usine, chaque atelier, service est responsable de la sécurité. Ce sont des métiers spécifiques. Nous, au niveau du service sécurité, nous étions conseillers et animateurs. Nous avions aussi des objectifs environnementaux. Et des objectifs pour la gestion des déchets". d'où la question: Qui s'occupait des trous dans la sécurité entre les ateliers?
Le pdt : "On aurait pu imaginer que vous aviez une fonction d'inspection?"
J.-C. G. : . "Ce n'était pas ma mission.
Me Stella Bisseuil (partie civile): "Avez vous visité le hangar 221?"
J.-C. G. : "Je suis allé dans ce hangar. A l'occasion d'une visite du CHST. mais je n'avais pas de visite régulière de ce bâtiment".
SB: "Il a été fait état d'une réunion avec la Drire où a été évoqué l'intérêt de déplacer le bâtiment de stockage du nitrate défectueux".
J.-C. G. : "Je ne me souviens ni de la réunion ni du compte-rendu. C'était en 1994".
SB "Avez-vous participé au choix du hangar 335 pour le stockage des sacs de nitrates à recycler?"
J.-C. G. : "Je n'ai pas choisi. J'ai été informé. Les gens qui ont participé à la décision sont malheureusement décédés".
SB: "Vous avez pourtant signé la fiche".
Me Mauricia Courrégé (défense) : " Je voudrais savoir si l'on s'apprête à faire une citation de M. Gelbert".
SB: "Etiez-vous là le lendemain de l'explosion lorsque M.Fauré (Gilles Fauré est le sous-traitant qui a déversé le contenu d'une benne dans le hangar 221 quelques minutes avant l'explosion.Ndlr)a été entendu par la commission interne?"
J.-C. G. : "Après l'explosion, je suis revenu dans l'usine. Le lendemain aussi pour aider. Il me semble que la commission m'a demandé d'aller chercher M.Fauré".
SB: "Avez-vous assisté à cet entretien?"
J.-C. G. : "La commission d'enquête nous excluait de ce genre de réunion".
MC : "Hier, M.Ullmann, un auditeur, a déclaré qu'il avait trouvé l'usine dans un état épouvantable lors de ses visites préalables à la certification. Est-il vrai qu'il y avait des petits tas de nitrates partout? Et que le bâtiment de stockage de chlore prenait l'eau?"
J.-C. G. : "Non. Si tel avait été le cas, M.Ullmann n'aurait pas manqué de nous faire des remarques".
MC:"S'agissant de la sous-traitance, le personnel extérieur bénéficiait-il de formation?"
J.-C. G. : Oui, bien sûr".
MC:"Deux sous-traitants ont indiqué une crainte des accidents du travail. L'un d'eux a dit qu'il s'était blessé, et qu'il était allé au centre de soins. Il s'était alors fait tancer par son employeur. En avez-vous eu connaissance?"
J.-C. G. : "Non. On incitait le personnel extérieur à venir déclarer la moindre blessure. Une entaille mal soignée peut s'infecter".

M. Gelbert, chargé de la sécurité ne sait pas grand chose. Visiblement, ce n'est pas lui qui bouche les trous dans le système global de sécurité. De plus il n'est pas convaincant du tout! il s’est déchargé des questions embarrassantes soit sur une stagiaire anonyme soit sur son successeur décédé dans l'explosion!


Elise, Geneviève et Alain

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