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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 22:19
Audience du 17 mars: audition de Jacques Mignard, Roland le Goff, Gildas Thomas, jean-Noel Simier, Pierre Wiedemann, Pierre Faloppa, Gérard Jourda.
 

Sur le papier, la sécurité est parfaite. Tant qu'on est à l'intérieur des situations prévues, tout se passe comme prescrit. Mais aussitôt qu'on sort des situations bien repérées, les choses sont moins nettes, et pour le 221, c'est le néant. En effet, on n' a encore entendu personne dont le travail est de passer l'ensemble des pratiques de l'usine en revue et de vérifier que rien n'a été oublié.

Quand les entreprises extérieures interviennent, la règle dit qu'elles doivent être cadrées par un permis de travail. Très bien. Or il apparait qu'au moins une entreprise est réellement intervenue SANS permis de travail. De plus elle a oublié de remettre les boulons sur un caillibottis à 8 mètres de haut. Et cela a donné lieu à un accident.


Il semble même que ce dysfonctionnement de l'organisation n'a pas été relevé dans l'usine.


Autre illustration des trous dans l'organisation: Quelqu'un avait-il remarqué que chez AZF, iI n'y avait personne pour vérifier que les différents stocks étaient toujours conformes à l'arrêté préfectoral? Le 13 mars, nous avions vu qu'un colis d'oxyde de chrome, avait mystérieusement disparu avant ou après être passé par le magasin.

Encore une fois donc, la sécurité est un puzzle de magnifiques pièces rutilantes, qui ne joignent pas très bien. Le plus inquiétant, ce n'est pas tant ce défaut d'étanchéité de l'organisation, ( nul n'est parfait même les meilleures organisations) mais bien plutôt le sentiment fort répandu dans cette usine d'être “très bons en sécurité” alors que la situation ne confirme pas cette auto félicitation.


On comprend du coup le désespoir des ouvriers d'AZF: ils étaient chacun sans doute “très bon en sécurité”, mais sur un micro territoire de responsabilité par atelier ou sur une tache précise. Et entre ces micro-territoires, s'il y avait des fissures, ou des fossés, personne n'ayant été désigné par la direction pour les repérer, il y avait des pièges possibles.



Ancien salarié d'AZF chargé de la sécurité, toujours à la CGT, aujourd'hui président de l'association "AZF Mémoire et solidarité", Jacques Mignard.

JM: “En 1981, le directeur m'a demandé de mener un travail de sensibilisation auprès du personnel. Avec une équipe de trois animateurs sous la responsabilité d'un ingénieur, nous avons engagé une action vis-à-vis du personnel. La sécurité était alors médiocre. Il y avait un gros effort à faire.” “Après un accident, on organisait une réunion qui réunissait l'accidenté, la hiérarchie, un membre du service médical, un membre du CHSCT, un animateur sécurité. On avait eu le souci de faire partager ces compte-rendus avec l'ensemble du personnel. Une confiance s'était instaurée dans l'usine”.
J. M. : "Il n'y a aucune contradiction entre ce que j'étais avant le 21 septembre, et ce que je suis devenu. En tant que que syndicaliste, je ne suivais pas de textes sacrés. J'étais sur des principes d'équité, de justice. Je suis toujours à la CGT. Ce qui n'est pas contradictoire avec ce que je suis aujourd'hui à la tête de l'association. Je n'ai pas de position idéologique, je ne me laisserais pas enfermer dans des situations qui me verraient désigner des responsables a priori. Avec des méthodes comme cela, on a rempli des goulags. Ces méthodes, je les connais.”
Le Pdt: : "Au mois de juin 2001, un employé a failli faire une chute à cause d'un caillebotis mal fixé par une entreprise sous-traitante".
J. M. . : " Je ne vous cacherai pas que j'ai vu des caillebotis mal fixés. Cela faisait partie des audits, des préoccupations. La sécurité n'est jamais acquise. Mais pour tout chantier, il fallait un permis de travail. Ensuite, il fallait clôturer ce permis lorsque les travaux étaient effectués. Si un oubli a été fait, je le déplore. C'est celui qui a signé la clôture du permis qui n'a pas assez vérifié".
Le Pdt:: " Mais dans ce cas, a priori, il n'y avait pas eu délivrance de permis de travail".
J. M. : "Alors, il n'y a plus rien à dire.

Le Pdt: Y avait-il quelqu'un qui vérifiat la conformité des stocks avec les arrêtés prefectoraux?

J.M. “Je ne sais pas, il n'est pas sûr que dans chaque bâtiment, il y ait toujours quelqu'un pour vérifier les stocks
Me Alain Levy (partie civile) : "A la commission d'enquête parlementaire, vous avez déclaré que vous pensiez que le recours à la sous-traitance était un facteur de moindre sécurité".
J. M. : "Concernant mes déclarations à la commission d'enquête parlementaire, certaines me sont attribuées à tort. J'ai dit que dans certains cas, la sous-traitance peut présenter des inconvénients en terme de sécurité. Mais dans certains cas aussi, la sous-traitance peut améliorer la sécurité".
AL: "Implicitement, j'ai l'impression que vous venez d'indiquer que cette déclaration ne concerne pas pour Grande Paroisse".
J. M. : "La sous-traitance telle qu'on l'envisageait à Grande Paroisse... Je ne vois pas de secteurs où la sous-traitance mettait la sécurité en danger. En tant qu'animateur sécurité, nous avions des démarches en direction des sous-traitants. Contrairement à ce que j'ai entendu dire de l'usine de Gonfreville, il n'y avait pas chez nous de différence d'information entre sous-traitance et personnel organique, on jouait au foot ensemble..."
AL : "Vous avez déclaré que les sous-traitants recevaient une formation de 45 minutes".
J. M. : "Si on donnait cette formation aux sous-traitants, c'est qu'on n'avait pas 100% d'assurance que la formation était bien assurée par l'entreprise sous-traitante".
Me Emmanuel Riglaire (partie civile) : "Vous souvenez-vous de vos déclarations à la police? On vous demande si vous vous êtes rendu à la sacherie? Vous avez répondu non. Quel était l'état du stock dans le hangar 221? Je ne sais pas. Le sas était-il ouvert le matin du 21 septembre, vous répondez que vous n'en savez rien. S'en suit une longue liste de préoccupations de sécurité, à laquelle vous ne savez que répondre. Ma question : comment expliquer vous que nous ne sachiez rien sur le bâtiment 221 alors que vous travailliez au service sécurité"?
J. M. . : "J'avais une mauvaise connaissance du bâtiment 221. Je n'ai jamais travaillé dans le secteur nord. J'ai plutôt été affecté au secteur sud".



Roland Le Goff, 58 ans, était responsable sécurité incendie à l'usine AZF après avoir été sapeur-pompier de Paris.( Il est membre de l'honorable société des croyants de l'infaillibilité). N'a jamais entendu parler du rapport Quinchon. "Aurait aimé recevoir des ordres de la préfecture au lendemain du 11 septembre et ces consignes ne sont jamais venues". "Ne sait pas qui décidait de l'appréciation des risques". A mis en place des consignes strictes pour filtrer les entrées le 20 septembre au soir. “Chaque mois il y avait un exercice de sécurité, les sous-traitants y étaient associés, ils devaient rejoindre les points de rassemblement”.
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Gildas Thomas, DRH, et à ce titre cadre de Hygiène-sécurité-environnement, revient devant le tribunal pour évoquer cette fois les questions de sécurité. "Une culture de la sécurité s'était développée dans l'entreprise. Le 21 septembre 2001, ces formations ont servi. Il y a ceux qui sont allés au feu, ceux qui ont mis en sécurité les unités, et ceux qui ont évacué l'usine comme on le leur avait appris ", souligne Gildas Thomas.
Me Levy : "L'exposé montre la maitrise que vous avez des problèmes de sécurité et de formation. En matière de prévention des risques industriels, on prend en compte tous les risques possibles, quel que soit le degré de probabilité. Avez-vous pris tous ces risques en compte dans le cadre de la formation?"
G. T. : "Il ne m'incombait pas d'identifier ces risques, je répondais à une demande. Mon rôle était d'insuffler un état d'esprit sécurité”.


Encore deux personnes qui font magnifiquement leur boulot, mais qui ignorent tout de ce que fait le voisin en amont ou en aval. Qui fait le récolement sécurité dans cette usine?


Il était responsable de l'équipe d'inspection centrale d'Atofina.Jean-Noël Simier, ingénieur retraité. Il était en 2001 au service de la société Atofina. Il est cité par une partie civile. M. Simier a travaillé pour la sécurité des équipements sous-pression. Il est expert judiciaire. En 2001, il était responsable de l'équipe d'inspection centrale d'Atofina. Il connaissait bien l'usine de Toulouse.
J.-N. S. : "Je dis toujours que l'inspection technique, c'est la sécurité des matériels. En conséquence la sécurité des hommes et de l'environnement".


Les experts d'Atofina avaient mis au point une système de quantification de la sécurité sous forme de radar à 13 axes, côtés de 0 à 4. Pour l'usine de Toulouse, l'inspection de P
ierre Wiedemann en 1998 a donné lieu à un "graphique qui place tous les points sur le management au-delà du seuil de 2,5 considéré comme la note minimale". C'était une inspection approfondie et ciblée qui s'est déroulée en trois semaines". En ce qui concerne le management de la sécurité, l'usine était en cours de progrès. C'était un système qui se mettait en place".
Le Pdt: "On retrouve dans cet atelier ACD un double organigramme, organigramme Grande Paroisse, et un autre organigramme au regard de la direction d'Atofina.
P. W. : "Je n'ai pas d'informations précises là-dessus. J'imagine qu'il y avait des liens fonctionnels entre la direction d'Ato et les ateliers".
Le Pdt : "Avez-vous visité la partie nord de l'usine?"
P. W. : "Je l'avais inspectée en 1990. Je n'ai pas eu l'occasion d'y revenir".
Le Pdt: "Vous avez fait deux inspections, en 1990 et 1998, à Toulouse. J'ai compté 139 recommandations. Comment se fait-il qu'il n'y ait aucune question posée sur une possibilité de risques de rencontre entre le chlore et l'ammoniac?"
P. W. : "Les études de danger ont conclu que les risques ne devaient pas co-exister, compte-tenu de la distance entre la fabrication de chlore et la fabrication de nitrates. Je ne l'ai pas envisagé".


L'inspecteur sécurité fait une visite tous les huit ans et ne pose que les questions dont la réponse donne une bonne note. Lui aussi fait très bien là où on lui a dit de faire. Mais qui s'assure que les experts sécurité qui ont un trou dans leur organisation vont y remédier?


Pierre Faloppa, est actuellement pré-retraité. il était électricien-pompier à l'usine AZF. Depuis 1995, il était élu CGT au CHSCT, le comité hygiène et sécurité de l'entreprise.

Le Pdt : S'agissant du secteur des nitrates, vous avez effectué des visites?
P. F. : "Le 221 n'était pas inscrit dans la visite. Il n'était pas dans le circuit. On l'avait visité en 2000".
Le Pdt : "Vous souvenez-vous bien de la visite du 221 en 2000?"
P. F. : "Je m'en souviens parce que j'ai relu le compte-rendu récemment. J'ai souvenir d'avoir vu le bâtiment, l'état général qui me paraissait entretenu. Je n'ai rien noté d'anormal.
Le Pdt : "Sur le recours à la sous-traitance, êtes-vous intervenu?"
P. F. : "On s'opposait au recours à la sous-traitance. On demandait que le personnel employé soit titulaire chez nous".
Le Pdt : "Pourquoi?"
P. F. : "Pour des raisons de sécurité. On ne communiquait pas avec les entreprises sous-traitantes. Et dans un site dangereux...
Me Christophe Lèguevaques (partie civile) : : "Participiez-vous aux études de danger"?
P. F. : "Non. Nous l'avions demandé à la direction".
Me Casero (partie civile) : "Vous avez déclaré qu'il n'y avait pas de visite sur le 335 parce qu'il n'était rattaché à aucun service".
P. F. : "C'était un bâtiment désaffecté, qui dépendait des services généraux pour l'entretien".

Gérard Jourda vient témoigner : "J'étais délégué FO, membre du comité central d'entreprise, et j'étais bien sûr concerné par les questions de sécurité. Je travaillais au service nitrates".
Le Pdt: "Ce qui m'a surpris en lisant votre déposition, c'est que cela illustre ce que j'avais pu relever dans d'autres services. Je prends les devants. J'ai vu un certain cloisonnement entre les ateliers. On peut produire du nitrate, et ignorer la destination de ce que l'on produit".
G. J. : "La fonction de chef de quart de six ateliers suffisait à ce que je n'aille pas voir au-delà".
Le Pdt : "Vous confirmez ce que l'on a lu dans votre déposition. Vous avez dit aux policiers "j'ignore la destination de ces produits". Dès lors que cela sort des ateliers, on ignore ce que deviennent des produits, et des déchets".
G. J. : " Ce n 'était pas de ma responsabilité".
Le Pdt : "Ces produits ne pouvaient-ils pas être souillés par de l'huile par exemple?"
G. J.: "Oui, peut-être. Mais l'entreprise qui ramassait ces produits faisait attention".
Me Lèguevaques (partie civile) : "Le chef de quart est le garant des règles de sécurité. N'est-ce pas son rôle?"
G. J.: "J'étais garant de l'équipe, des produits, de la sécurité, de l'environnement".



Il y a quand même une constante dans ces témoignages citées par la défense: il y a confusion fréquente entre sécurité, et sûreté, et même entre sécurité individuelle et sécurité globale. Et pourtant des problèmes de port du casque, ce n'est pas la même chose que l'explosion d'une cuve d'ammoniac!


Alain

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