Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 00:10

Audience du 9 avril 2009

 

Trois auditions ce jour, dans un tribunal très vide et où règne un calme à peu près plat.

 

Des experts empêchés d'expertiser

D'abord, on entend MM Znaty et Donio, experts en informatique chargés d'analyser les données enregistrées par les systèmes de contrôle de l'usine. Ils ont étés aidés par un chimiste, Porquerie, pour mieux comprendre les évènements. L'ensemble était destiné au collège d'experts pour alimenter l'expertise officielle.

D'abord l'analyse des systèmes en place. Dès le départ les experts soulignent la difficulté qu'ils ont rencontré pour obtenir les pièces qu'ils réclamaient. Des supports utilisés étaient préalablement préparés par le personnel d'AZF, ils n'étaient donc pas "intègres" du point de vue de l'expertise. De même, les experts vont mettre fortement en cause M. Palluel, leur interlocuteur dans l'usine, et vont n'avoir de cesse de dénoncer le manque de collaboration et la mauvaise volonté constatée pendant l'expertise.

 

Cette difficulté à obtenir l'information aboutira par exemple à l'impossibilité de connaître précisément l'emplacement des 12 000 capteurs dans l'usine, alors que leur description était un document obligatoire pour AZF (au moins lorsqu’elle était aux normes ISO 9001).

De même, c'est seulement en 2003 qu'ils ont vu arriver un ordinateur inconnu au bataillon, et dont les données avaient été écrasées par AZF après les avoir exploitées. Il faudra d'ailleurs l'intervention de la PJ pour obtenir certains documents.

Dans le même ordre d'idée, une caisse de 1 500 documents non enregistrés leur est livrée un jour, sans explication. Ils la font passer d’abord par le juge pour l’ouvrir ensuite, elle ne contient aucun document intéressant.

Bref, pour eux, toutes les demandes de pièces et de documentation échouaient, alors que ces pièces existaient obligatoirement, étant liées à la certification ISO 9001. Les réponses aux questions étaient "je ne sais pas" ou bien un déluge de paroles pour noyer le poisson

 

Ceci dit, l'analyse des systèmes de contrôle ne leur parait pas si compliqué, (sauf quand ils découvrent l'existence d'un de ces système plus d'un an après la catastrophe !). L'expertise fait apparaître un nombre impressionnant d'alarmes dans les jours qui précèdent la catastrophe. Tellement nombreuses que les disques dur d'ordinateurs ont été saturés et ont écrasé les enregistrements des semaines précédant l'explosion (ils n'ont gardé que les trois jours avant la catastrophe dans certaines unités). On arrive à 30 alarmes sonores/heure le 20 septembre, une charge de travail importante pour ceux qui doivent les gérer.

Justement, la gestion de ces alarmes fait aussi problème. Le système est à 3 niveaux : bas, haut ou "emergency". Il a été introduit bizarrement un 4ème niveau "Unreasonable", genre capteur en panne par exemple, qui va être traité au même niveau que les autres, alors qu'elle n'est pas du même ordre. De même, pour Palluel, l'alarme Emergency n'implique pas une alerte.

D’autre part, ils ont relevé l’absence de synchronisation possible entre les différents systèmes de sécu de l’usine, faute d'une horloge commune. Inconcevable.

Le plus beau : pour évaluer le niveau de l'usine, on évaluait les données recueillies. Hors, quand il arrivait qu'un four ou un atelier soit arrêté, on passait toutes les valeurs à 0, au lieu de les ignorer. Dans ces conditions, il n'était pas difficile d'avoir des résultats dans les normes de l'arrêté préfectoral !

En résumé, une usine où on traitait les alarmes sans s'affoler et une enquête qu'on entrave tranquillement sans que le moindre juge n'aie pu intervenir, on se demande un peu pourquoi d'ailleurs.

 

Face à cette déposition, la défense utilise des moyens connus. D'abord, discréditer les experts. (Avez-vous vraiment demandé des pièces à Grande Paroisse ? Vous êtes sûr qu'on a reçu le courrier ? Comment pouvez vous en être sûr ? Il n’y avait pas de Défense au moment où vous faisiez vos demandes, c’était la PJ qui devait vous répondre ! Pourquoi n'avez-vous pas étudié toutes les entrées sorties, vous auriez vu passer Hassan Jandoubi ? etc etc). Ensuite, toujours pareil, aucune de ces alarmes n'est en rapport avec l'explosion.

Les experts répondent point par point, en particulier à Biechlin, lui signalant que lorsqu’ils ont eu connaissance de Mr Donnard, informaticien compétent d’AZF, Biechlin a décrété qu’ils ne pouvaient le rencontrer qu’en présence de Palluel.

Rien de nouveau sous le soleil de Grande Paroisse donc, et toujours la sensation qui se précise jour après jour d'une usine fonctionnant hors des normes et règlementations.

Petite anecdote : dans ses réponses sur les alarmes intempestives du 20/09, en particulier la nuit, il signale que la seconde correspondait au niveau du pH des égouts de sortie des nitrates qui atteignait presque la limite de pollution et occillait autour du seuil de déclenchement. Cela sonne alors tout le temps, donc le mieux est de déconnecter… Sans commentaire ?

 

Un expert qui peut expertiser

L'expert suivant est M Couderc, chargé d'étudier la chronologie des évènements dans l'atelier Ammoniac que deux opérateurs pilotaient. Il fait précéder son exposé d'une déclaration d'amour à Palluel qui a été très coopératif, efficace et proposant ?. Tiens donc, un cyclothymique ? Ou bien peut-être que l'enjeu n'était pas le même ?

Mais il se plaint que Perriquet ne lui ait donné que la troisième déposition des pilotes d’atelier qu’il devait analyser, sans lui dire qu’il y en avait eu d’autres (ce que vient de raconter Lemonnier).

En ce qui concerne les événements électriques, il a fait une simulation pour comprendre ce qui avait pu bousiller les 6 transfos de l’usine, du Nord au Sud (les enregistrements le disent) : ce doit être une explosion dans un rayon de 100 m autour du 221.

Je passe sur l'analyse de la chronologie des évènements qui aboutit à la conclusion suivante : il y a une contradiction entre les déclarations des deux pilotes de l'atelier sur la séquence de leurs actions, les alarmes enregistrées au même moment et l'hypothèse de l'explosion unique.

L'expert élabore alors un scénario avec deux explosions, une première qui détruit les systèmes électriques et rien d’autre, puis une "grosse" qui détruit ce qui reste. Sauf qu'il y a alors le problème qu'il ne reste aucune trace de cette première explosion.

Reste alors la possibilité d'une erreur d'appréciation des témoins, notamment pour évaluer le temps qui s'écoule entre chaque action.

L'expert refuse de trancher, tout en penchant pour l'explosion unique qui lui parait le scénario le plus plausible et le plus crédible.

Bref, rien de très révolutionnaire, pas de débat, et un expert pour deux témoignages (on a les moyens).

 

 

Un témoin qui ne tremble pas

On finit cette après midi avec Annie Souriau qui dépose comme témoin et sismologue au CNRS. Elle parle du tremblement de terre lié à l'explosion, en reconnaissant n'avoir pas de compétence sur les explosions, mais sur les tremblements de terre. Pour les explosions, il faudra attendre le CEA.

Exposé détaillé, pédagogique, un tantinet fastidieux, (je passe sur les détail techniques) d'où il ressort que les stations des Pyrénées et un sismographe en test au laboratoire ont enregistré une onde correspondant à une seule explosion. Toutes les constatations et simulation concordent : s'il y a eu deux explosions, la deuxième n'était pas en relation avec le sol. Les examens permettent d'établir l'heure de l'explosion à 10h 17mn 55,45s (à peu de chose prés).

Une remarque : l'onde sismique peut générer un bruit, en plus de l'onde acoustique. Pour le reste, il est difficile de donner des précisions sur la puissance des explosions pouvant générer un tremblement de terre, ça dépend des conditions, de la constitution du sol etc;

Exposé précis, témoin solide, on s'ennuie gentiment, peu de question, rien à rajouter. Seul point d’achoppement (Forget saute dessus), le fait qu’elle ait réalisé une petite enquête perso pour estimer l’augmentation de la durée entre les 2 boums auprès de connaissances, le 25/09, et, surtout, qu’elle s’en soit servie pour affirmer dans son rapport à la DRIRE du 26/09 que « les témoignages concordent pour confirmer l’hypothèse d’une seul explosion ». Elle regrette (12 témoignages conservés), et l’a écrit à Perriquet (c’est versé au dossier).

 

En fin d'audience, deux parties civiles sont appelées à la barre pour poser des questions au témoin.

La première, Mme Baux, commence par se plaindre qu'on considère la parole des témoins comme faillible, puis demande à Souriau si cette analyse sismique a donné la piste officielle de l'enquête. Cette question provoque la réaction du juge qui abrège l'intervention en renvoyant à la suite du procés. L'autre partie civile, Laurent Pailler, attaque le témoin sur des questions d'enquête qui ne le concerne pas en tant qu'expert, et se fait également raccompagner par le président.

 

19h30, suspension d'audience assez tôt, rendez vous mercredi 13h30.

Yves

Partager cet article

Repost 0
Published by PJCNina-CdP
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de PJCNina-CdP
  • Le blog de PJCNina-CdP
  • : Ce blog a été crée lors de l'ouverture du procès en 1ère instance, concernant l'explosion d'AZF, pour publier et commenter les résumés d'audience au fur et à mesure.
  • Contact

Recherche

Liens