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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 10:26
 

Chronique en 9 actes de 6 semaines de procès ou l'ombre d'une usine et une usine avec beaucoup d'ombres

 

Acte 1 : « Total au Tribunal » : C'était depuis longtemps notre revendication, nous l'avons répété chaque 21 septembre dans nos discours. Grâce à la ténacité de moins d’une dizaine de personnes parties civiles qui ont porté la « citation à comparaître », la SA Total et son PDG ont rejoint l'ancien directeur d'AZF Toulouse et la S.A. Grande Paroisse sur le banc des prévenus . Mais ils ne seront entendus qu'en juin. Le combat n'est donc pas terminé.

 

Acte 2 : L'émotion lors de la relation de la catastrophe. Les membres des familles de victimes, les représentants des associations parties civiles, les médecins... ont redit avec émotion leur 21 septembre, certains ont évoqué une vérité, d'autres leur perception des raisons ou des politiques à risque qui ont créé les conditions de cette catastrophe.

 

Acte 3 : le site, les productions, l'organisation du travail : des visions contradictoires

* Pour le directeur et les cadres " une usine modèle et efficace avec un personnel efficace rigoureux et déterminé".

* Mais on a vu aussi que 238 entreprises sous-traitantes intervenaient sur le site, après une information minimale sur les risques, on a vu des photos prises par des employés donnant une image bien moins idyllique de l'état de l'usine, on a vu l'existence de secteurs datant de 1932 ; on a vu des milliers de capteurs dédiés à la sécurité d'AZF sauf pour le hangar 221... on a su que les études de danger ne se sont pas penchées sur les cas extrêmes donc pas sur la possibilité d’explosion….alors que des explosifs étaient fabriqués dans cette usine ! on a vu l'absence d'étanchéité matérielle entre les zones chlore et nitrate.

Acte 4: Explose ou explose pas le nitrate ? on nous a dit : « Les nitrates agricoles présentent un danger... mais la probabilité est réduite, grâce au test de détonabilité ».. « Ce produit est dangereux dans des situations où il est dégradé » ... « Les risques de décomposition sont favorisés par les dérivés chlorés »....Le mélange du nitrate et du DCCNa donne le trichlorure d'azote qui est un composé instable et explosif. L' atelier ACD était le seul site de production de dérivés chlorés en France et il était installé juste à côté d'une usine de fabrication de nitrate, or chlore et nitrate sont incompatibles !

 

Acte 5: la sécurité dans l'usine AZF et les contrôles internes : très bien sur le papier, des méthodes et des procédures assez bien décrites... mais des dépositions d'intérimaires ou de salariés ne confirment pas son application dans le réel. La certification sécurité-environnement a été obtenue difficilement en 98 puis suspendue quelques semaines avant l’explosion ; Si la sécurité dans chaque atelier de production semblait à peu près maîtrisée, en revanche, entre les ateliers ou dans les secteurs secondaires ou concernant l’ensemble de l’usine, c’était moins franc: les transports à l’intérieur du site, la gestion de certains lieux (221, 335, relation entre magasin et laboratoire central…) ne semblent pas avoir de responsables…

 

Acte 6 : les enquêtes : Il y a eu une belle rivalité entre le SRPJ et la CEI (commission d’enquête interne de TOTAL), pour ne pas dire rétention d’information de la part de cette dernière. Et on sent bien que cette « chaleur » entre ces équipes n’est pas retombée plus de sept ans après.

 

Acte 7 : de la détonique et de la faiblesse des témoignages : Débats d'experts et de contre experts sur le départ de l'explosion et son sens de propagation, sur l’explication des phénomènes lumineux, sur le nombre de détonations, des ondes sismiques, sonores ou de choc, la présence avérée ou supposée d’hélicoptères et tous autres phénomènes évoqués par les témoins. Chacun ne retient que ce qui confirme ses propos. Une chose semble de plus en plus certaine : il n’y aura pas de sitôt une explication cohérente avec tous les témoignages.

 

Acte 8 Le plateau des avocats de la défense et les avocats de « Mémoire et solidarité », association des anciens employés d'AZF, mènent de concert le même combat contre la thèse de l'accusation, c’est à dire celle d’une explosion d’origine chimique .

 

Acte 9 : Total est bien au tribunal avec des moyens, beaucoup de moyens. Grande Paroisse et TOTAL se défendent en cherchant à semer le doute sur la thèse de l’accusation sans jamais chercher à proposer une explication plausible de la catastrophe. Un seul objectif : échapper par tous les moyens à leurs responsabilités malgré d'évidents manquements aux obligations de sécurité et de contrôle.

 

 

Alors AZF : oui c'est une catastrophe, oui c'est un procès... mais l'avocat de Total l'a bien dit : “le droit est l'aboutissement des rapports de force dans la société à un instant donné” ! Alors un procès pour rien ? Pour nous , à ce stade des débats, la thèse de l’accusation reste la plus pertinente pour expliquer les événements du 21 septembre. Le combat continue….

 

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Published by PJCNina-CdP
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  • : Ce blog a été crée lors de l'ouverture du procès en 1ère instance, concernant l'explosion d'AZF, pour publier et commenter les résumés d'audience au fur et à mesure.
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