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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 00:14

En avant propos, un vieux copain d'Hassan Jandoubi, M. El Béchir, ouvrier dans le TP, prof de boxe de quartier, est venu témoigner. Il connaissait Jandoubi depuis trente ans. «Hassan, fréquenter la mosquée, c'est pas vrai.». «Ils l'ont sali, tout ce qu'ils ont dit est faux». «Je le répète, il n'allait pas à la mosquée». Puis ayant terminé, il vient saluer quelques femmes maghrébines qui viennent régulièrement écouter le procès.

 

Puis vient l'exposé un peu long et désespérant, mais méticuleux de Daniel Van Shaendel et Claude Calisti. On sent que ces deux compères plutôt en forme sont à l'aise sur ce sujet et ont travaillé leur présentation. Nous avons droit à des images en 3D de reconstitution des tas dans le 221, des photos de bazookas, de lance-missiles, de lance-grenades, de lance-roquettes, de coupes de principe sur tous ces engins et leurs munitions, avec force détails sur les détonateurs, les charges creuses, les réservoirs de poudre, etc...et même des vidéos tournées à Gaza (où l'on voit un char israélien dans une rue se faire exploser par une roquette palestinienne) ou à Bagdad (où l'on voit un missile partir hiératiquement vers le haut puis repérer un avion, dévier sa course et l'exploser...) sur les effets et l'efficacité des différents engins balistiques qu'ils ont étudiés. On a droit à des arrêts sur image, retour en arrière, ralentis, etc..Alors on voit bien comment ça marche. On ausculte, on décortique. Vraiment on sent DVS et CC contents de causer d'engins de mort, ils sont dans leur partie.

Les papys flingueurs se sont donnés les moyens d'être compris.

 

Pour résumer: Si on veut faire sauter le tas du 221, il faut au bas mot 43 kg de dynamite, et l'enfouir de telle sorte que la zone de contact entre explosif et ammonitrate soit au moins d'un mètre carré. De plus, «si on veut que la réaction continue à vivre», il faut qu'il y ait toujours au moins 1 mètre de granulés au-dessus de a zone en réaction de façon à maintenir une sorte de confinement en interne qui prolonge l'explosion jusqu'au bout du tas. A partir de là, DVS et CC expliquent que se balader avec 43 kg d'explosif, c'est pas très discret, et même un peu lourd, qu'il faut largement un bon quart d'heure pour pelleter le tas d'ammonitrate et enfouir le paquet au milieu, et qu'après il faut un système de mise à feu efficace et qui ne laisse pas de trace derrière. Ils rappellent qu'on n'a retrouvé aucune molécule d'explosif nulle part, aucun morceau de système de mise à feu, aucun contenant d'un quelconque explosif... même dans la voiture d'Hassan Jandoubi. Ils prétendent à l'appui de leur démonstration qu'ils se sont occupés du DC10 UTA tombé au dessus du Ténéré et qu'on a retrouvé des traces d'explosif après un séjour assez long en plein soleil du désert, du boeing TWA tombé au large de New-York, où l'on a retrouvé des traces d'explosif sur les cloisons de la cabine après son séjour sous l'eau (mais cet explosif était du à un exercice pour les chiens plus d'un an auparavant et n'est pas la cause de cet accident) et font référence tout au long de leur exposé à toutes les affaires terroristes des trentedernières années qui ont défrayé la chronique en France, histoire de montrer que les experts étrangers ne «font pas la maille»

Côté missile, obus de mortier et roquette, les arguments pleuvent comme à Gravelette: un missile, c'est guidé par infra-rouge, donc ça va là où il fait chaud, donc certainement pas sur le 221 ! Les roquettes, ça se tire à l'horizontale, or le 221 est invisible de l'extérieur pour cause de pleins de bâtiments autour. Il faut tirer de l'intérieur de l'usine (Soudain une illumination du rédacteur: les quatre slips de certain manutentionnaire servent peut-être à cacher les différents morceaux de lance-roquettes dans les ourlets des différentes couches..!) Vu l'importance de l'explosion, il y a de fortes chances qu'on aurait retrouvé des morceaux du tireur et/ou du tube de lancement. Les obus de mortier, ça se tire en cloche, à l'aveuglette, donc aucune certitude sur l'atteinte à la cible. Et puis il faut être au moins deux, voire trois, sans compter que tout ça aurait explosé soit contre les murs soit contre le toit au moment du contact. De toutes façons, il faut un mètre carré de contact avec l'ammonitrate...

Conclusion: toute forme de piste intentionnelle est hautement improbable.

 

La défense tentera bien de déstabiliser les experts, mais lors de ses questions, Me Courrégé ayant attaqué de nouveau, elle est tombée sur une paire de durs à cuire bien rôdés. Faut dire que Me Courrégé manque sans doute de culture sur le thème de la surface spécifique d'une matière en grains. La défense s'est embringuée dans une impasse montrant plus son incompréhension de la question qu'autre chose. L'argument de la défense, c'est de dire: «comment ça se fait que pour une piste intentionnelle, il faut 43 kg d'explosif et un tas d'au moins 1 mètre, alors que pour une piste involontaire avec 500 grammes de DCCNa et avec quelques pelletées de nitrate, ça suffit?»

Or à ça, les papys flingueurs avaient déjà répondu dans leur exposé et comme Me Courrégé a insisté, on bien vu qu'elle n'avait pas compris. C'est une histoire de surface spécifique. (Explications: soit un pavé de granit d'un décimètre au cube (1 litre ou 1 dm3). Sa surface est de 6 fois 1 dm2 soit 6 dm2. Si vous voulez le peindre, il vous faudra 6 dm2 de peinture. Le même pavé, cisaillé en petits pavés de 1 cm3, est composé de mille cubes de 6 cm2 de surface soit 6000 cm2 soit 60 dm2 c'est à dire 10 fois la surface du pavé monobloc. Il faudra donc pour le peindre 10 fois plus de peinture. Si chacun de ces petits cubes est lui-même divisé en cubes de 1mm de côté, on aura de nouveau multiplié par 10 la surface à peindre, soit 6 m2. Et ainsi de suite.)

Donc si vous mettez des pains de dynamite en contact avec des grains de nitrate d'ammonium, il n'y a que la surface de l'emballage de la dynamite qui compte pour mesurer l'interface entre réactif et amonnitrate. Et pour faire 1 m2 de contact, il en faut 43 kg. Mais si, comme la thèse de l'accusation le soutient, vous avez un gaz, le trichlorure d'azote qui se forme au coeur même du tas, et qui enrobe tous les petits grains du tas, vous n'avez pas besoin d'en avoir 43 kg pour atteindre le mètre carré fatidique de contact entre le réactif initiateur et le tas d'ammonitrate.

 

Ce morceau de blog clot une semaine nauséeuse et tente d'en sortir par un peu d'ironie et un peu de pédagogie. La «piste intentionnelle», soutenue contre toute évidence par des gens qui se drapent de la légitimité d'être des anciens ouvriers d'AZF, renvoie aux pires heures de la suspicion raciste, ethnique, ou religieuse de notre histoire. «Plus jamais ça ni ici ni ailleurs» conteste et démonte depuis le premier jour cette thèse insoutenable.

 

Espérons que cette semaine, nous avons touché le fond du sordide, qu'on ne peut désormais qu'aller vers un peu plus de radieux, de chaleureux, d'humain dans ce qu'il a de lumineux. .

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