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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 18:01

Audience du mardi 5 mai

 

L’expert Michel Lefebvre, mandaté par GP, va démonter les conclusions des experts judiciaires sur la piste intentionnelle (criminelle) en 2 points :

1)      un acte intentionnel est possible et ce qu’il faut, pour faire détoner un tas de nitrate tel que celui du hangar 221

2)      est-il possible de trouver des traces post-explosion ?

 

Pour le premier point c’est à un cours de détonique pour terroriste en herbe auquel nous assistons. Tous les concepts de la chaîne pyrotechnique sont repris : des « donneurs » stimulus, détonateur, booster, et des « accepteurs », charge. On saura tout des performances des « donneurs », brisance (possibilité de détonner) de leur puissance ou force (propulsion, souffle) ; tout des « accepteurs » sensibilité aux chocs, à la friction au feu. L’amorçage sera plus facile si on augmente la surface de contact de l’explosif avec la charge, sans oublier le confinement…

Bon et appliqué à AZF ? La charge : nitrates, le  « donneur » : nous n’avons que l’embarras du choix et suit le liste des tous les explosifs civils et militaires, TNT, pentrite, ANFO, et autre SEMTEX et ceux qu’on appelle explosifs artisanaux dont le TATP

La démonstration continue sur les quantités nécessaires pour faire exploser les divers nitrates. C’est là que les conclusions de Michel Lefebvre diffèrent de celle des experts judiciaires. La possibilité de faire exploser les nitrates est bien réelle avec quelques kilos d’explosif. Il aurait fallu un détonateur, commercial ou improvisé, une charge relais sensible au détonateur, brisante, d'une masse de plusieurs kilogrammes, et une connaissance visuelle des nitrates. « Il fallait viser le NAI (nitrate industriel de granulométrie plus faible que le nitrate agricole), utiliser un explosif, brisant, d’une masse de 5 à 10 kg, et réaliser un auto confinement   entre 50cm et 1m…

Pour un terroriste en herbe, il fallait en savoir des choses !

 

Pour le deuxième point : Michel Lefebvre va démontrer qu’il peut y avoir eu une charge explosive sans retrouver ensuite de traces. Cela dépend : du type d’explosif (le TATP se sublime après l’explosion il ne reste rien) ; de son « emballage »,  difficile de retrouver des fragments minuscules surtout si la charge est très importante et si on tarde à faire les prélèvements.

Sa conclusion est que les explosifs artisanaux n’ont pas été recherchés, que le timing de prélèvement était trop tardif (il faut les faire tout de suite pour éviter le lessivage, les dilutions ou l’évaporation).

« Toutes le expertises judiciaires peuvent être démontées, un seul point d’accord : la nécessité d’avoir à faire un mélange intime fuel/nitrate… » Ce qui ne semble pas si simple à faire par un terroriste, dans un hangar ouvert aux quatre vents…

 

Après 15mn de suspension de l’audience, les questions vont être posées à M Lefebvre et les 4 experts judiciaires pourront réagir

 

Le Président résume les conclusions de Lefebvre : « on a compris que si la personne mal intentionnée décide d'utiliser le NAI pour initier le tas de nitrates, il fallait une quantité d'explosifs moins importante que celle indiquée par les experts judiciaires », puis il pose des questions sur  les travaux qui ont permis ces conclusions : « Avez-vous procédé à des essais? D'où avez-vous tiré votre présentation?"

M Lefebvre, balbutie : « oui… j’ai fait des test classiques de labo avec des masses 5 ou 6 kilos de nitrates. J'ai étudié essentiellement l'effet de confinement".

Le Président : « vous partez du principe que le NAI  n’a pas besoin d’être très confiné (50cm) et il n’y a pas d’enveloppe autour de la charge »

M Lefebvre : « Non. S'il y a une enveloppe de confinement, c'est moins performant. Si la charge est moins confinée, il faut imaginer des charges plus complexes".

Vont s’en suivre des interventions de Me Lévy et du Procureur outrés que le point 1 ne soit pas dans le dossier de demande de renvoi de 2007 alors que l’on n’a plus le droit d’intervenir sur le dossier.

Pas content le Procureur… « Avez-vous été mandaté par M Biechelin ou GP  pour cette 1ière partie »

M Lefebvre : « Je vais dire oui. Quand j'ai reçu le document final, l'expertise finale, on m'a demandé effectivement de réfléchir à la question. Ceci est une réflexion que j'ai démarrée suite à la lecture du dossier et j'ai réfléchi jusqu'à maintenant ». Il confirmera aussi que le essais canadiens nécessitaient une plus grande masse car c’était de NA (agricole) de l’époque moins sensible que le NAI (industriel)

Les 4 experts judiciaires viennent à la barre réagir à la belle démonstration de l’expert belge.

Ils ne sont pas du tout impressionnés par la présentation à laquelle ils ne trouvent pas d’anomalies particulières sinon que c’est « un exposé de salon ». Les essais ont été fait dans un confinement en acier ce qui est loin d’être la configuration pour un acte de « malveillance » et par ailleurs le tas est un mélange pas du tout homogène de NA et de NAI (difficile de viser le NAI et d’enfouir le détonateur au cœur du tas principal). On reparle des quantités mais surtout de la probabilité de retrouver des traces d’explosif. Les experts, à tour de rôle évoqueront différents attentats où on a retrouvé ces traces des semaines après et même dans l’eau. L’expert belge, un peu vexé promet d’apporter des tests la prochaine fois…

Les experts campent sur leurs positions !

 

M. Hodin expert judiciaire, consultant sur les risques industriels, va explorer la piste UVCE  (explosion de gaz ou poussières dans l’atmosphère). Le juge d’instruction voulait savoir si une fuite de gaz, qui aurait pu se produire à la SNPE, aurait pu entraîner des phénomènes explosifs à AZF.

Le président rappelle que cette hypothèse n'est plus d'actualité pour les parties, mais il permet à l’expert de faire son exposé et l’on sent une démotivation dans la salle.

Même s’il y avait eu une fuite de canalisation, M.Hodin affirme que les quantités de gaz potentielles n'auraient pu atteindre le site d'AZF : « la limite d'inflammabilité aurait été localisée à une distance inférieure à 10 mètres » donc pas la peine de revenir sur les débits de brèche ou autre type de gaz sur les autres sites de la zone chimique ou de vitesse du vent. L’affaire est entendu Me Soulès-Larivière  est d’accords ave M Hodin puisque : « la CEI n’a pas retenu l’UCVE »

L’expert nous rapporte les résultats de sa deuxième mission confiée par le juge d’instruction : Analyser des témoignages, observations (phénomènes lumineux, boules de feu, éclairs enregistrements, bruits, présence de halo laiteux, coupures de courant, sensation de seconde explosion)  relatifs à des événements antérieurs à l'explosion.

Les analyses techniques sont très différentes des observations des témoins d’où la nécessité d’un éclairage psychologique des témoignages. Malheureusement il n’a pu trouver d’éléments incontestables, sur l’origine de l’explosion, en croisant tous ces témoignages. Il n’a pas retenu la thèse de l’attentat ni d’aucun scénario plausible pour expliquer l’explosion. M Hodin continuera a répondre aux avocats sans dévié de sa conclusion : « Je ne sais pas »

La troisième mission (paradoxale !) confiée par le tribunal : les demandes d'actes de la SNPE. La SNPE a voulu savoir s'il s'était produit des événements sur le site AZF avant l'explosion, et avait fait des demandes d'actes et d’essais à l’INERIS.

Tant sur l’analyse des alarmes que, des pompes de refoulement, des conduites de gaz, d’injection de matière carbonée dans la tour de prilling, les effets de mélange acide nitrique NA…. M.Hodin n’a rien trouvé.

En conclusion de l'expert : « les demandes de la SNPE n'étaient pas fondées » !

 

Mr Géronimi est ensuite revenu à la barre. Il devait étudier la  question suivante : "L'onde de pression d'une explosion antérieure aurait-elle pu entraîner la détonation du tas de nitrates?".

La réponse est claire et nette : « les scenarios montrent qu'il était impossible qu'un nuage lié à un UVCE puisse conduire à une explosion de la tour de prilling ou du hangar 221 , en particulier à  cause de la direction du vent ce matin là.

Le témoignage a mon avis le plus intéressant fut celui de Mr Jean Rémi

Jean Rémi, sociologue et membre du Cidecos, structure spécialisée pour aider les CHSCT dans tout ce qui concerne les conditions de travail, le code du travail, le respect des règles etc …

Il a été mandaté par le CHSCT de GP, début octobre pour une mission d’assistance auprès de la commission d’enquête créée par le CHSCT.Il a suivi cette commission pendant 3 mois.

Il ressort de son travail deux points :

1)       les conditions de stockage du NA étaient mauvaises (1 seul tas alors que depuis 1966 il faut des petits tas de 50kg bien séparés ; dalle en béton particulièrement dégradée, vieux nitrates sur le sol, non-conformité 221 malgré l’arrêté préfectoral  etc..)

2)       il y avait des anomalies inexpliquées dans la collecte et la gestion des déchets (big bag éventré, sac vide de DCCNA pas à sa place etc..)

En fonction de ces éléments, il met en cause formellement l’exploitant du site. Il précise bien que tout cela a été vu et constaté par le CHSCT et qu’il n’y a pas eu de la part de ses membres  d’étonnement.

Le fait de dissocier les sous-traitants et les salariés, de confier aux premiers la gestion totale du 221, sans regard de GP ne peut que conduire à des problèmes : « le donneur d’ordre devient aveugle ». Il explique qu’ils ont essayé de refaire le circuit des déchets, sans succès. Sa dissension avec le CHSCT et Baggi tient non pas aux faits, reconnus par tous, mais à la divergence de  l’interprétation. Pour lui, la piste du chlore est plausible. Il ne met pas en cause les ouvriers, mais l’organisation du travail

Il a rappelé que le Cidecos (agrée depuis des années par le gouvernement) est une asso ou siègent les CE et CHSCT à tendance CGT. (Les avocats des parties civiles ont bien insisté sur ce lien)

Personne n’est allé jusqu’à dire qu’elle ne comprenait pas pourquoi la CGT de GP réagissait maintenant comme elle le fait, à défendre son employeur, mais tout le monde le pensait tout bas !!!

Seule Me Bonnard (Défense) est intervenue : »Je n'ai pas de question à poser à un témoin factuel ( !)qui est en désaccord avec les personnes qui l'ont accompagné sur le site".  , alors que les parties civiles se sont régalées (sauf Me  Forget évidemment qui n’a pipé mot)

 

Rose et Geneviève

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