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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 22:26

 

Audition de Serge Biechlin sur la question de la formation.

Il ressort de cette audition que pour Grande Paroisse comme pour Serge Biechlin, directeur de l'usine, le risque « explosion » des nitrates était inclus dans le risque « incendie ». Le raisonnement a donc été « si on prend des précautions contre l'incendie, elles sont suffisantes contre l'explosion ».

Malheureusement, le 21 septembre 2001 une explosion a eu lieu sans incendie, (et c'est indéniable,), d'où la logique de défense des deux mis en examen « comme il n'y a pas eu incendie, alors, cette explosion est d'origine volontaire ».

Là où le bâts blesse, c'est que même contre l'incendie, dans le 221, les mesures de sécurité étaient insuffisantes: pas de détecteurs de fumées, pas de néons antidéflagrants, engins longtemps perdeurs d'huile, etc...manquemants signalés par l'APAVE. D'autre part, la formation sur les pratiques qui seraient causes éventuelles d'incendie sont d'une extrême légèreté, pour ne pas dire inexistantes comme on va facilement le voir dans la suite de cette audience.

 

 

Audition de M. Daoud.

M; Daoud était cariste, salarié de la société TMG, en poste depuis plus de 20 ans chez AZF. Il était à 113 m du bâtiment 221 le 21 sept au moement de l'explosion. (on peut se demander comment il peut encore être vivant !). Il a connu beaucoup de changement de patrons à ce poste « vous savez les sociétés, ça va, ça vient ». (On comprend à cette audition que des ouvriers sont récupérés par le sous-traitant qui obtient le contrat chez AZF. L'avantage, est effectivement l'économie de formation...).

Depuis son arrivée chez AZF, M. Daoud a fait 1 (une) journée de formation, c'était 3 ou 4 ans avant l'explosion. Il y a appris le sens des signes sur les étiquettes, la sécurité (les gants, les chaussures, le casques, les lunettes..), les consignes de rassemblement en cas d'incendie. Le président lui demande s'il a fait le stage annuel « accueil sécurité », sans lequel parait-il on n'a pas le badge pour entrer. Non jamais. Une formation spécifique à son poste de travail? « Non jamais, on n'avait pas le temps ». «  La formation? On apprenait sur le tas » « On savait qu'il ne fallait pas mélanger l'urée avec le nitrate sinon, ça fait de l'eau ». On savait qu'on pouvait stocker le NAO à des endroits parce que la toiture avait été traitée. Un été M. Daoud a vu des étincelles sortir des sacs d'ammonitrate......

Quand Me Agnès Caséro lui demande si on lui avait dit qu'il y avait incompatibilité entre chlore et nitrate, il répond : non jamais. Daoud dit aussi qu'il a travaillé pendant 3 ans dans le secteur chlore mais qu'il n'aimait pas ça parce que ça sentait mauvais.

Me Bonnard, pour Grande Paroisse, lui demande s'il connaissait M. Mignard. « Bien sûr tout le monde le connait, il passe tous les jours à la télé ». Le badge sécurité? Juste besoin d'un photo, inutile d'aller au stage « accueil sécurité ». « La formation incendie, si ça brûle un peu on applique les consignes, si ça brûle trop, on se tire ». « Si on m'avait proposé un stage, j'y serai allé, ne serait-ce que pour branler une heure ou deux. » Visiblement, il y a de la rancoeur dans le ton de M. Daoud. Il avait son permis de conducteur d'engin et on ne lui « laissait pas toucher le Volvo », qui seul pouvait aller brasser des nitrates dans le 221. M. Daoud évoque l'humidité dans le 221. « On savait le temps qu'il allait faire :si le 221 était mouillé, c'est qu'il allait pleuvoir le lendemain ». « Dans ce cas-là on avait le bas des pantalons mouillé ». A ce moment Jacques Mignard, ex « animateur sécurité » hurle en direction de M. Daoud, « Tais-toi, tu n'en sais rien, tu n'y allais jamais dans le 221! ». Brouhaha chez ses voisins et amis de Mémoire et Solidarité, qui ronchonnent. Du banc des parties civiles, s'élève un ami de M. Daoud qui s'adresse en réponse à J. Mignard, « ferme ta gueule, c..! ». Il y a, alors, un incident de séance avec l'intervention des forces de l'ordre pour calmer les protagonistes.

La violence de la réaction de J. Mignard et la vitesse de la répartie en disent long sur d'une part l'ambiance générale des relations dans cette usine du temps de son fonctionnement, et d'autre part sur la « sincérité » de ceux qui prétendent « chercher la vérité ». On voit bien que certains propos n'ont pas droit de cité. Du coup on est amené à penser qu'entre maghrébins manutentionnaires et européens techniciens passait une espèce de mur séparateur invisible mais bien lourd. L'emplacement des personnes du public dans la grande salle du tribunal confirme ce « mur ». Il ne faudrait pas que ce mur, qui ressemble à une variante fine de la lutte des classes, soit l'oeillère de ceux qui veulent à tout prix que la cause de l'explosion soit un acte volontaire dont l'auteur serait maghrébin.

 

 

Audition de M. Robert Pons.

 

Robert Pons était chef d'équipe chez TMG. 31 ans d'ancienneté. C'est lui qui montait les équipes de manutentionnaires (entre 30 et 50 selon l'activité). Tous les matins réunion avec M. Panel à 7 heures pour faire le bilan de la journée passée et faire le programme de la journée à venir. Les formations des sous-traitants? Les mêmes que les formations des salariés de Grande Paroisse. Formation « ASFO » tous les 2 ans et « accueil sécurité » chaque année pour avoir le badge. Pas de formation particulière sur les produits, on savait. Son équipe, c'était surtout des anciens, il avait un « vivier » dans lequel il puisait pour embaucher, et il veillait quand il y avait des intérim nouveaux à les mettre dans des équipes avec des anciens. De toute façon, en produits finis, « on ne prenait pas plus de risque qu'un agriculteur ». Les procédures pour le 221, c'était « pas de bois, pas de sacs plastic, pas d'hydrocarbure, on le savait ».

la formation des intérim sous-traitants était donc bien comme le disait M. Daoud, sur le tas.

 

Le président lui demande si la procédure était écrite. Réponse, non, on le savait.

« Par temps humide, le 221, c'était la patinoire partout. » « Les chariots se plantaient dans le tas systématiquement. »

Le président lui demande s'il connaissait les procédures pour le secteur du chlore, puisqu'il y avait parfois une dizaine d'ouvriers qui y travaillaient. Réponse: Non, je ne les connaissais pas.

 

Me Stella Bisseuil lui demande s'il connaissait le plan de prévention. « Non rien n'était prévu ou alors je ne m'en souviens pas ».

 

Le président : Parlez nous de votre hiérarchie, chez TMG. Réponse: « ne me parlez pas de ces gens-là! Pas un appel depuis le 21 sept 2001 ». Je ne voyais personne de TMG, j'étais livré à moi-même.

Me Stella Bisseuil: aviez vous été informé de la nécessité d'étanchéité de la dalle du 221? Non.

Me Christophe Léguevaques: Qui choisissait la formation? Quels en étaient les contenus? Réponse: formation ASFO choisies par AZF. « Beaucoup questions des dangers, de produits et des symboles sur les sacs. Je ne me souviens pas précisément mais c'était intéressant. ». «  Pour l' « accueil sécurité », on apprenait rien, c'était toujours la même chose: le casque, les gants, les chaussures, la circulation, les points de rasemblement, etc..; »

Sinon Robert Pons revient sur le fait que la socéiété TMG a été inexistante après le 21 sept et que c'est Total qui a assuré et le personnel de GP les a soutenu.

Me Lévy lui demande s'il avait connaissance de l'impératif d'étanchéité entre la partie chlore et la partie nitrate de l'usine. Réponse non. Savait-il que le mélange des 2 était détonnant? Réponse Non. Que peut-il dire de la position du tas de nitrate dans le 221? Réponse de M; Robert Pons: « le tas principal était en contact avec le muret du box le 21 sept. »

 

Il y a 2 questions importantes ce jour en dehors de la question de la formation et du niveau de connaissance par les personnels au travail des procédures de sécurité: l'humidité et la position du tas principal. Pour que la thèse de l'accusation soit possible, il faut que le vent d'autan ait apporté de l'humididté dans le box et il faut que la tas principal ait été en contact avec le muret, lui-même en contact avec le tas contenu dans le box d'entrée. Si un seul de ces deux éléments manque , la thèse de l'accusation s'effondre. Robert Pons confirme la validité de cette thèse.

Robert Pons montre une page de cahier d'écolier écrite à la main qui contient la liste des personnes embauchées le 21 septembre. Il la tient à disposition de qui voudra. « Il n'y a pas de mystère, toutes les personnes présentes étaient bien connues ». (Cela répond à une rumeur qui prétendait qu'il y a avait ce matin-là un intérim clandestin dans l'usine. Inutile de préciser que ceux qui tiennent à penser cela, sont les propagateurs de la thèse intentionnelle d'origine maghérbine) .

A une question du procureur, Robert Pons répète que par temps humide ou vent d'autan, le 221, le Io, I4 ou le I8 (tous des bâtiments qui contiennent des nitrates et qui ne sont pas chauffés) « c'était la patinoire. »

Robert Pons parle alors d'Hassan Jandoubi, (cet ouvrier intérim accusé par certains journalistes à frissons, mais aussi par une partie des anciens salariés d'être l'auteur d'un acte volontaire de malveillance le 21 sept au prétexte qu'il portait de nombreux slips). Robert Pons n'a jamais eu aucun problème avec Hassan Jandoubi. M. Jandoubi avait travaillé pendant 5 ou 6 ans il y a quelques années. « Cétait un bon ouvrier, un jeune, vaillant, correct ». Sur une journée, on demandait aux manutentionnaires de charger à la main jusqu'à 50 tonnes en sacs de 25 à 40 kg. « Porter sur le dos ou sur la tête 30, 40 ou 50 tonnes dans la journée, moi je dis, ces gens-là chapeau » ! « C'était d'ailleurs pas facile de trouver quelqu'un pour ce genre de poste. »

Le procureur demande alors ce qu'il peut dire de M. Daoud (qu'on vient d'entendre). Réponse, « on avait bien sûr des engueulades, mais il faisait partie des très bons ouvriers ».

Me Soulez Larivière lui demande de lui parler de la réunion du 21 sept au matin consécutive à l'altercation qui a eu lieu la veille et dont M. Jandoubi était partie prenante. Réponse de M. Pons, «Effectivement quand il y avait eu une altercation, c'était la porte automatiquement. Donc M. Jandoubi allait être viré à 12h30, c'était de toutes façons la fin de sa mission. Mais l'explosion a eu lieu avant. Il y avait souvent des conflits avec les chauffeurs au Io, qui étaient pressés de repartir parce qu'ils allaient loin et pour qui on avait pas toujours de matières à charger.  »

 

Audition de Mme Marie Graciet, inspectrice du travail.

 

Elle était inspectrice du travail chargée de Grande Paroisse depuis 93. Elle avait la responsabilité de 30 000 salariés environ sur son secteur, accompagnée de 2 contrôleurs. .Pour Mme Graciet, le 21 septembre, c'est d'abord un accident du travail.

Elle rappelle que ses relations avec M. Saint-Paul le précédent directeur étaient « très difficiles ». Elle avait pensé à un moment faire venir un médiateur. M. Saint-Paul emmenait son entreprise vers ses objectifs « à marche forcée. » Serge Biechlin est arrivé à la mi-98 . C'était une personne affable. Au CHSCT, il avait un réel souci de la sécurité.Elle était donc moins présente. Elle y allait 2 ou 3 fois par an. Par ailleurs, elle avait du souci avec une entreprise chimique voisine (elle a utilisé l'expression « un risque d'accident majeur »....! )

 

Elle avait envoyé un courrier en 2001 sur l'évaluation des risques car il y avait des écarts quoique rien d'alarmant. « En tous cas rien qui annonçait ce qui se préparait ». Elle connaissait bien également TMG, car il y avait eu un conflit parce que Grande Paroisse voulait faire remplir les camions ou les trains de nitrate le dimanche. (Qui peut douter de l'impérieuse urgence à remplir des trains de nitrate le dimanche?)

 

Son travail commence avec Mme Fournier dès le samedi 22 septembre au matin. Elle fait des constats visuels et a des entretiens avec les salariés Azf et les salariés des sous-traitants. Le climat des entretiens était très difficile parce que les salariés d'AZF étaient atteints par les discours de la presse sur l'usine poubelle, et que les sous-traitants se sentaient menacés par GP. « Dès le premier entretien avec M. Fauré, on a appris que tous les sacs passaient au 335. M. Fauré a toujours été entendu accompagné. »

 

Le résultat de son enquête : manquements à l'évaluation des risques, absence de traçabilité des produits entrants dans le 221, absence de directive de stockage pour les sous-traitants, le bâtiment du 335 mis à disposition de Surca sans contrôle, il n'y avait pas de prescription du niveau de lavage des sacs dans les contrats, pas d'actualisation lors des nouveaux contrats,..M. Biechlin ne fait que suivre ce qui se faisait avant. L'extension du contrat de ramassage des sacs côté chlore est de la responsabilité de M. Biechlin.

 

Le président lui demande son sentiment sur l'évolution des témoignages de M. Fauré. Mme Graciet plonge dans son cahier de notes prises lors de ses entretiens. La 1ère fois, M. Fauré dit « qu'il a ramassé tout ce qui trainait » puis plus tard, il dira « qu'il a bien fait attention à ce qu'il a balayé ». Le pdt demande à Mme Graciet s'il y eu des échanges d'information entre elles et la police judiciaire vu qu'elles ont eu des informations très tôt sur le croisement des sacs. Répnse, pas déchanges avec la PJ, mais envoi au juge d'instruction. Sa 1ère visite dans le 335 date du 28 septembre. Il est tout à fait remarquable de constater que Mmes Graciet et Fournier ont été logiquement sur la piste du mélange de nitrate-chlore une semaine après l'explosion! Seulement avec des entretiens ! C'est quand même une preuve solide de la capacité de l'ergonomie à entendre et à saisir le réel. Rappelons que rôle des inspectrices du travail, c'est d'analyser les problèmes de procédure, pas les réactions chimiques.

 

A ce moment, la tension doit être trop forte, il est presque 14 heures, et on n'a pas encore mangé, Me Soulez Larivière craque. Il interpelle le président, évoque la santé des avocats qui meurent de faim et demande jusqu'à quand l'audience va-t-elle durer. Le président lui demande si c'est parce qu'il y a une inspectrice du travail qu'il demande cela..... Me Lévy propose qu'on continue. Finalement on s'arrête 20 minutes mais Me Soulez Larivière est déjà parti en week end. Faut dire que la défense est en capilotade aujourd'hui...rien ne va comme il faudrait. Et les propos de M. Biechlin sonnent de plus en plus faux.

 

Le schéma du 221 et le positionnement du tas principal, sont bien indiqués sur le cahier de Mme Graciet, on lui demande si ce schéma a été fait en prséence de M. Panel, responsable GP du 221. Elle répond que oui. (il semble qu'encore une fois le tas principal est bien collé contre le muret du box). On apprend au détour d'une phrase, qu' « au début tout le monde parlait librement et qu'au bout d'une dizaine de jours tout le monde était formaté

«L'extension du ramassage des sacs, c'est ahurissant », question de cohérence de l'étanchéité entre zone chlore et zone nitrate. Le transfert de la benne du matin du 21 septembre (il s'agit de la benne que M. Fauré va vider dans le 221 vers 10 heures, et qui contenait sans doute des résidus de chlore) n'était peut-être pas si exceptionnel...Il y a dans ses notes une référence à « quelque chose d'habituel depuis un an ». « Les cadres de GP ont répondu de manière limitée. Quand les questions étaient embarassantes, ils renvoyaient sur les sous-traitants. » « Les sous-traitants étaient un peu tout seuls. Ils étaient des ombres qui circulaient dans le paysage...».conclut Mme Graciet.

 

« Après cette enquête, j'ai été atterrée. J'avais commencé dans ce métier en 1983, comment tout cela a-t-il pu m'échapper? »

 

Audition de Mme Fournier.

 

Elle a déjà été entendue mais elle vient répondre aux questions. Elle a participé à l'enquête de l'inspection du travail. Elle est ingénieur chimiste de l'INSA de Rouen. Elle est ingénieur de prévention à l'inspection du travail. Elle a fait un rapport à l'inspection du travail, elle ne savait pas qu'elle aurait autant de lecteurs.

Me Bonnard pour GP lui reproche beaucoup d'erreurs dans son rapport. Confusion entre nord et sud, erreur sur le nom des personnes, erreurs de calcul pour la surface du box du 221,.....Quand elle a fini son énumération, Mme Fournier lui demande de reprendre une à une toutes ces erreurs, et on s'aperçoit que c'est vraisemblablement des erreurs de frappe dans le rapport de Mme Graciet....Ce à quoi Mme Fournier remarque que s'il y a tant d'erreurs dans ce document, c'est peut-être aussi qu'on a eu beaucoup de mal à obtenir les informations......Elle évoque la conversation avec M. Barate qui a parlé du Ncl3 (trichlorure d'azote) « explosif spontané » dès début octobre 01.

 

 

D'un côté la classe moyenne européenne de souche, embauchés par AZF et technicienne, et de l'autre les soutiers maghrébins de souche, intérimaires et manutentionnaires!

C'est la réalité quotidienne de l'industrie chimique au 21 ème siécle.

 

Alain

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