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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 00:31

Audience du 3 juin 2009

Cette audience commence par l'interrogatoire de Didier Bergues par la défense, qui traque les fautes de frappe et les erreurs de rédaction du rapport d'expert. Quelques mises au point des experts, plutôt solides sur leur travail. La défense n'insiste pas trop.

 

Le président invite ensuite M. Biechlin à réagir à la présentation du tir 24, en tant que chimiste bien sur, mais aussi en tant que directeur de l'usine. Biechlin attaque l'expérience telle qu'elle est présentée, il la considère comme une démonstration de laboratoire, très loin de la réalité. Le président essaie de le faire réagir en temps que directeur, a-t-il eu le sentiment en voyant cette expérience d'être passé à coté de quelque chose dans sa manière d'appréhender la sécurité de l'usine ? Biechlin ne s'engage pas dans cette voie, repart sur l'analyse des conditions du tir 24, dont on surévalue l'importance selon lui. Les conditions d'humidités notamment n'étaient pas là pour que la réaction s'amorce dans le 221. Me Bisseuil fait valoir que le risque était aussi mentionné pour le produit sec. Le président insiste pour savoir s'il pense avoir correctement évalué le risque. Pour Biechlin, aucune étude de danger n'aurait abouti à une telle conclusion.

 

S'ensuit la longue synthèse de l'expertise officielle par Daniel Van Schendel et Jean-Luc Geronimi.
4 heures d'un exposé (record battu ?) qui reprend l'ensemble des démarches des experts dans la recherche de la cause de la catastrophe et des phénomènes observés. Tout ça a déjà été expliqué en détail par chaque expert.

 

Après un rappel des faits, résumé des investigations techniques : forme du  cratère, description de l'état des bâtiments, des véhicules, direction de l'éjection de la terre correspondent à l'explosion d'une charge de forme allongée, propagée d'est en ouest.

La détonique et les tests de reconstitution de Berguès confirment une origine de l'explosion dans le box du 221, suivie de l'explosion des 300 tonnes d'amonitrates du tas principal. La sismologie confirme les résultats de la détonique sur la localisation, la datation et le sens de propagation.

 

L'analyse acoustique et sismologique des signaux enregistrés le 21 septembre 2001 amène à éliminer la thèse de la double explosion et confirme la datation à 8h17'55,4" TU. Les témoignages recueillis ne montrent pas d'incohérence notable avec cette analyse.

Conclusion : une explosion, dans le hangar 221, naissant dans le box, se propageant d'est en ouest.

 

Sur les effets de l'explosion, le flash lumineux est expliqué par la combustion de particules d'aluminium, venant de la destruction du toit du 221 par les grains d'amonitrate non explosés et projetés par l'explosion. Les fumées photographiées ont été produites par la catastrophe, la chaleur produite était trop faible pour expliquer le flash.

Tous les évènements enregistrés à divers endroits rentrent dans la chronologie de l'explosion : transfo 24 et transfo T10 détruits, défaut de terre au 63 kV de la SNPE trop faible en énergie pour provoquer un amorçage, rupture d'une ligne par un projectile venant de l'usine, tout cela a trouvé une explication et s'est produit après l'explosion.

 

Passons aux hypothèses sur la catastrophe. La géologie ne signale pas de risque particulier sous le 221, Pas de bombe, pas de météorite, pas de phénomènes électromagnétiques ou électriques particuliers qui ait été observés, ils ne pourraient de toute façon  pas avoir une énergie suffisante pour être une explication. Même chose pour un court circuit sur la ligne 6,2 kV qui passait sur le hangar. Les essais de tir de missile n'aboutissent pas non plus, la tour de prilling n'a pas pu participer, pas d'explosion de poussière, de gaz ou autre.

A l'extérieur du 221, pas de possibilité d'un phénomène qui aboutisse à l'amorçage du tas, toujours faute d'un apport d'énergie suffisant, sans compter les obstacles à franchir. Pas d'accident préalable observé par le personnel de l'usine.

 

Sur la piste intentionnelle, les analyses des objets relevés sur place n'ont pas permis de retrouver une trace d'explosif. Fabriquer un engin explosif performant et le mettre au bon endroit pour obtenir une explosion est inenvisageable. Les études montrent que le nitrate n'explose que dans certaines conditions, un booster faisant exploser le tas devant se trouver enterré à plus d'un mètre de profondeur. D'où une mise en oeuvre longue avec la difficulté de pelleter dans le hangar, les témoignages d'ouvriers passés à plusieurs reprises avant l'explosion ne signalent rien d'anormal. Et pas de débris humains qui seraient la trace d'un kamikaze.

Même en aspergeant de fuel ça n'explosera pas avec un simple détonateur. Sont ainsi éliminés les roquettes, missiles militaires, grenades à fusil ou à main, obus...

 

Reste comme seul hypothèse l'accident chimique : dans le 335, mélange de nitrate avec du DCCNa resté au sol après vidage d'un sac non lavé, ramassage par Fauré dans une benne et vidage dans le box du 221. Le mélange en couche d'amonitrate et de DCCNa  posé sur la semelle du box rendue humide à plus de 10% par le vent d'autan qui souffle depuis 2 jours amorce la production d'acide hypochloreux, puis de trichlorure d'azote, liquide d'abord puis gazeux. Par convection, le trichlorure d'azote se mélange avec le nitrate, la réaction fait monter la température, à 93°C les 11 tonnes de produit se trouvant dans le box explosent. La dynamique de l'explosion, l'onde de choc et la volatilisation du muret de séparation assurent la propagation au tas principal, et c'est 300 tonnes qui explosent.

Les particules d'amonitrate non explosées sont projetées vers l'extérieur et réduisent le toit en fragments, la poussière d'aluminium ainsi créée s'enflamme, produisant le flash lumineux observé par les témoins.

Cette hypothèse est confirmée par la reconstitution du tir 24 avec 100 kg de produit, qui explose 20 minutes environ après la mise en place, délai correspondant au temps écoulé entre le dépôt de la benne dans le hangar et la catastrophe.

 

Conclusion des experts : un phénomène exceptionnel, sans précédent. Toute la démonstration s'appuie sur le grand nombre de constatations faites après l'explosion et forme un tout cohérent, une explication construite petit à petit, à mesure des découvertes et expériences.

 

L'auditoire s'est clairsemé au fil des heures, le président reporte les questions aux experts au lendemain.

Yves

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