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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 23:46

Pendant toute la durée de l’instruction, PJC Nina n’a eu de cesse de réclamer que l’enquête judiciaire ne se focalise pas sur la seule reconstitution de l’explosion, mais s’intéresse également aux conditions de fonctionnement de l’usine AZF, aux nombreuses infractions constatées à la règlementation imposées à cet établissement classé SEVESO, à l’obstruction que l’enquête de la Commission d’Enquête Interne de Total faisait à l’enquête officielle. Avec d’autres associations, nous avons œuvré pour que soit reconnu la responsabilité de l’industriel ayant laissé se dégrader le fonctionnement de son usine jusqu’à mettre en danger la vie de ses ouvriers et des riverains du site. C’est peu dire que de constater la surdité du magistrat instructeur face à ces demandes. Certes la plainte pour mise en danger de la vie d’autrui fut déclarée recevable, mais pour aboutir, dans l’indifférence générale, à un non lieu, avant la tenue du procès pénal.

Au troisième mois du procès en appel, nous ne pouvons que constater les conséquences néfastes d’une instruction entièrement consacrée aux causes chimiques de l’explosion, laissant de côté les causes socio-économiques. Total, fort de sa puissance financière, a engagé le procès dans un combat experts contre experts, tous s’envoyant la figure des expérimentations contradictoires, validées par des autorités incontestables qui démontrent chaque jour un peu plus la subjectivité, surprenante pour le profane, de la démarche scientifique. Dans cet affrontement qu’il provoque, Total utilise tous les moyens à sa disposition pour construire un dédale de réclamations, de citations de témoins, de rapports d’experts  et d’incidents de séance qui ne visent qu’à rendre un peu plus laborieuse la recherche de cette « vérité » que prétend vouloir trouver l’industriel.

Il est peut être aujourd’hui nécessaire de rappeler quelques « vérités » :

            L’usine AZF a explosé le 21 septembre 2001, faisant des dizaines de morts, des milliers de blessés et des dégats matériels énormes.

            Les experts judiciaires proposent un scénario reconstituant cette explosion sur la base d’un accident chimique. Ils ont, pour valider leurs hypothèses, effectué un certain nombre d’expériences aboutissant à une explosion par mélange de produits. Leur travail a été payé par l’autorité judiciaire de notre pays.

            Les experts de Total nient la possibilité d’une explosion par mélange de produits, suite à des expériences qu’ils ont menées ou qu’ils « ont envie de mener » (sic). La contribution des experts de la défense se limite à vouloir démonter l’expertise officielle, sans jamais proposer un autre scénario qui explique la catastrophe. Leur travail est payé par Total.

            Divers « sachants » cités par des parties civiles proposent leurs propres scénarios, qui font plus honneur à leur imagination qu’à leur rigueur de raisonnement. Cette partie du procès fut qualifiée de « dévoiement de la justice » par l’Avocat Général.

            Contrairement à ce que prétend la défense, la piste intentionnelle a été explorée en profondeur par la police judiciaire, persuadée comme tout le monde que l’explosion pouvait être un acte terroriste commis 10 jours après l’effondrement des Twin Towers. Cette piste a été abandonnée par les enquêteurs, faute du moindre élément pouvant la confirmer, et ce malgré l’intime conviction d’un juge Bruguière bien en peine de définir le profil psychologique d’un terroriste qui aurait regagné son poste de travail pour mourir dans l’explosion qu’il aurai déclenchée. Ledit juge est salarié permanent de Total pour 100 000 € par an, selon le Canard Enchaîné.

Quoiqu’il en soit, l’explosion a eu lieu, Total n’a pas encore osé le nier. Et au long du procès se précise peu à peu le fonctionnement d’une usine complètement dépassée sur le plan de la sécurité. Capable, si l’explosion a été causée par un acte volontaire, de laisser un individu mal intentionné approcher de hangars remplis d’explosifs industriel, et cela librement, sans aucun contrôle, au lendemain des attentats de New York. Mais incapable en revanche, s’il ne s’agit pas d’un acte volontaire, de proposer le moindre début d’explication à cette explosion. Et de quelle « expertise » peut donc se prévaloir un industriel incapable de maitriser les risques et les process mis en œuvre dans ses usines ?

Alors, bien sur, on peut toujours espérer que surgisse durant le procès l’explication incontestable et irréfutable, la « vérité » tant réclamée, mais il est probable que les moyens et l’énergie déployés par Total à semer la confusion laisse les victimes dans l’incertitude. La suite du procès montrera le rôle joué par la Commission d’Enquête Interne d’AZF dans l’impossibilité de reconstituer la chaine causale dans son entièreté. Mais ce qui se démontre, au fil des jours, et quelque soit l’hypothèse à laquelle on adhère pour expliquer l’explosion, c’est l’entière responsabilité de Total dans la mise en danger de la vie d’autrui, des ouvriers, des riverains de l’usine. Et nous espérons que la justice saura trouver une voie pour condamner l’industriel, d’abord en appel, puis dans la cassation qui suivra immanquablement.

Aujourd'hui, l'arrogance de Total dans le déroulement de ce procès nous renvoie, comme en transparence, aux limites et insuffisances de la loi Bachelot, adoptée suite à l’explosion d'AZF. Dénoncée tous les jours par les associations de riverain confrontées à des difficultés et des retards innombrables dans sa mise en application, cette loi a en effet fait le cadeau aux l’industriels de ne pas avoir à supporter la charge des travaux à réaliser pour mettre en sécurité les entreprises et les particuliers riverains d'une usine à risque. Ne pas condamner Total pour l’explosion de l’usine AZF serait exonérer un peu plus les entreprises des industries à risque de toute responsabilité sociale, économique et pénale.

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Published by PJCNina-CdP
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  • : Ce blog a été crée lors de l'ouverture du procès en 1ère instance, concernant l'explosion d'AZF, pour publier et commenter les résumés d'audience au fur et à mesure.
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