Ce blog a été crée lors de l'ouverture du procès en 1ère instance, concernant l'explosion d'AZF, pour publier et commenter les résumés d'audience au fur et à mesure.
Mardi 16 juin: après 3 mois et demi de débats, les plaidoiries commencent. Les avocats des parties civiles ouvrent cette dernière partie du procès
Les avocats se sont partagés la tâche et vont plaider sur des points différents
Première à entrer en lice. Agnès Caséro, avocate de l’Association des Victimes d’AZF
Après un retour sur le statut des victimes, elle développe le croisement des produits incompatibles et met en avant la confusion générale sur le site tant dans les ateliers de productions que pour la gestion des déchets
Mr Faure « homme-orchestre » qui n'arrête pas et existence d’un métier inédit : pompiers- électriciens- gardiens
Elle met en avant « une posture de déni » de la part de la direction
. Sa démonstration sur SEVESO 2 pas pris au sérieux par GP, était moins convaincante, de même que la non prise en compte des quasi accidents signaux d'alerte.
Ensuite lui succède Stella Bisseuil, avocate des Familles Endeuillées, qui fait une brillante plaidoirie, pratiquement sans note
Elle parle très bien des familles endeuillées et de leur souffrance mais aussi de leur combat pour la vérité. Elle s’attaque à la Commission d’enquête interne (CEI) diligentée par Total (qu’elle nommera plusieurs fois, en insistant sur le lien avec la direction générale à Paris) .Son réquisitoire est sans appel et très bien argumenté.
Elle met en avant les témoignages des ouvriers qui ont changés au fil du temps, les experts de la défense, un défilé désarticulé, qui renvoient la balle sans aucune cohérence….
Elle revient sur la position des salariés qui se sont sentis très vite accusés (et ils ont eu tort !) La plupart d’entre eux ne connaissaient pas les dangers encourus …
. La condamnation de Biechlin et de GP ferait jurisprudence et permettrait aux Directeurs des usines à risques de demander des investissements pour la sécurité à leur groupe. Priorité à la préservation de la vie dans les usines à risques.
Christophe Leguevaques, avocat de la mairie de Toulouse et des Sinistrés du 21, prend le relais
- Il passe de la pommade à un Tribunal libre, il se met au rang des victimes. L'instruction et les auditions ont démontré que les prévenus savaient dès le 23 septembre. Il y a eu asymétrie de l'information entre les parties civiles et la défense. Il fait des parallèles entre AZF et les grandes catastrophes Seveso, Bhopal, Erika, Challenger, expliquant qu’à chaque fois, personne ne pensait que cela pouvait arriver et que c’est un faisceau de petits riens qui avait généré les catastrophes. Il a osé dire que Biechlin et GP nous ont menti et manipulé et ont fait diversion par des témoignages et autres thèses pour "entretenir le doute". Il parle de l’arrogance, la superbe, d’un grand groupe industriel qui pense que tout s’achète.
Sa plaidoirie ne passe pas très bien mais elle est très intéressante à lire, bien construite, avec beaucoup de références littéraires.
Dernier de la matinée, Me Alfort, avocat de la famille Jandoubi.Il met nommément en cause Mme Duguet, médecin légiste et Mr Cohen, policier qui en a parlé à Mr Mennessier, commandant de la PJ, pour avoir répandu la rumeur de la thèse terroriste : « il y a des professionnels pleins de préjugés, de certitude, à la source, responsables… »
Il insiste sur le fait qu’on a accusé un mort qui ne pouvait se défendre, harcelé une famille dans la peine, sans aucun motif.
(Un manque d’après moi : il n’a pas insisté sur le fait que la défense n’avait rien fait, au contraire, pour mettre un terme à cette piste terroriste.)
Bianca, Rose et Geneviève